Mangeurs difficiles ou enfants sélectifs : 6 conseils pour les parents

Certains enfants rejettent tellement d'aliments que leur alimentation est très peu variée. Nous vous disons quoi faire pour inverser cette situation, avant que leur santé ne soit affectée.
Mangeurs difficiles ou enfants sélectifs : 6 conseils pour les parents

Dernière mise à jour : 18 septembre, 2022

Au cours de la parentalité, certains sujets préoccupent particulièrement les parents et l’alimentation infantile en fait partie. Certains enfants mangent de tout et en quantité suffisante dès le début, mais le plus courant est que certaines difficultés et réticences surviennent à un moment donné. Cependant, lorsque le rejet de la nourriture est exagéré ou perturbe le bien-être de l’enfant, il convient de rester vigilant : on peut être face à des mangeurs difficiles.

Ce terme désigne les enfants très sélectifs ou difficiles sur le plan alimentaire, qui mangent peu et mal et qui peuvent présenter des carences nutritionnelles. Il s’agit parfois d’une attitude transitoire qui finit par s’inverser avec le temps. Néanmoins, si on ne la corrige pas, elle peut entraîner un trouble grave et pour cette raison, nous vous invitons à en apprendre davantage sur ce sujet.

Enfants difficiles ou processus évolutifs normaux ?

Comme nous l’évoquions au début, il n’y a pas lieu de s’alarmer parce que le jeune enfant présente quelques problèmes d’alimentation. Ses goûts et préférences, ainsi que la quantité de nourriture qu’il mange, varieront en fonction de son stade de maturation. C’est quelque chose de naturel et de physiologique.

Par exemple, l’être humain montre une préférence innée pour les saveurs sucrées dès la naissance et une aversion naturelle pour les saveurs amères (associées au risque de provoquer une toxicité). Ainsi, il est normal que votre enfant préfère une fraise à un artichaut, surtout au cours des premières années de sa vie.

De même, ces tendances changent avec le temps et un enfant qui aimait auparavant les fruits pourra se montrer plus réticent lorsqu’il devra en manger plus tard. Par ailleurs, l’aversion à essayer de nouveaux aliments (néophobie) est courante chez la plupart des enfants et il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

De même, il faut savoir que les besoins nutritionnels évoluent avec le temps.

Vers 12-15 mois, le rythme de croissance de l’enfant ralentit et, par conséquent, ses besoins caloriques diminuent. Il est possible qu’il mange moins qu’avant pendant cette période, mais ce n’est qu’un processus d’ajustement transitoire. Lorsqu’il aura cinq ans, son appétit remontera en flèche.

Pour toutes ces raisons, nous, les adultes, devons ajuster nos attentes et ne pas attendre d’un enfant qu’il mange autant que nous, qu’il ait toujours le même appétit ou qu’il apprécie tous les aliments de la même manière. Être flexible et ne pas s’alarmer est une bonne première étape.

garçon assis à la table avec une assiette de brocoli et de chou-fleur ne veut pas manger un négativiste défiant oppositionnel sélectif
L’aversion pour certains aliments ou certaines caractéristiques des aliments peut être normale dans une certaine mesure. Mais il ne faut pas négliger cette attitude lorsqu’elle dure plus longtemps que prévu.

Les mangeurs difficiles : comment les reconnaître ?

Si nous tenons compte de tout ce qui précède, il est possible que certains enfants soient plus difficiles ou sélectifs que la moyenne. Pour déterminer si votre enfant entre dans la catégorie des mangeurs difficiles, vous pouvez regarder les paramètres suivants :

  • Il refuse d’essayer de nouveaux aliments et les rejette même lorsqu’ils lui sont déjà familiers.
  • Il montre de l’aversion pour les grands groupes d’aliments et tolère très peu d’options. Son alimentation est peu variée.
  • Il mange peu et lentement. Le moment du repas est une lutte constante.
  • Il rejette les aliments en fonction de leurs caractéristiques sensorielles – odeur, couleur ou texture – et il est très sensible à ces aspects.
  • Il affiche une préférence marquée pour la farine et le sucre et exclut presque totalement les fruits et légumes de son alimentation.

Comment aider les mangeurs difficiles ?

Lorsque cette tendance se poursuit dans le temps, elle peut avoir des conséquences négatives importantes pour la santé. Par exemple, l’enfant souffrant de carences nutritionnelles peut avoir du mal à atteindre le poids et la taille appropriés pour son âge. Son poids et sa taille seront soit inférieurs, soit supérieurs.

De plus, il est possible que cette condition le limite sur le plan psychosocial car lui ou sa famille auront tendance à éviter les rendez-vous et les situations qui impliquent de la nourriture.

Par exemple, aller manger chez un membre de la famille ou assister à une excursion scolaire peut provoquer un grand conflit en raison de la peur de le voir recevoir de la nourriture qu’il ne tolère pas.

Pour empêcher un enfant d’en arriver là ou l’aider à s’en sortir, nous pouvons mettre en pratique une série de conseils.

1. Mettez en œuvre le sevrage dirigé par bébé

Si votre enfant est encore bébé, il peut grandement bénéficier de la méthode de sevrage dirigé par le bébé qui consiste à introduire une alimentation complémentaire. Cette approche permet à l’enfant d’aborder lui-même l’aliment, d’en explorer la texture, la forme, l’odeur et le goût et de décider de l’essayer à son rythme. Grâce à cela, on note une plus faible résistance face à la nourriture.

2. Respectez les rythmes des enfants

Il est important de respecter l’enfant, ses rythmes et ses besoins. Les petits savent bien distinguer les signaux de faim et de satiété, mais les adultes ne les respectent pas toujours.

Ne forcez pas votre enfant à manger plus s’il n’a pas faim ou ne vous inquiétez pas s’il mange moins à une certaine période de l’année. Cette pression et cette inquiétude créent un climat négatif autour de la nourriture, ce qui peut être nocif.

3. Proposez plusieurs fois l’aliment

Ne désespérez pas si, les premières fois, votre enfant rejette un aliment : continuez à le proposer avec patience et avec une bonne attitude.

Ne le grondez pas et ne lui rappelez pas à quel point il s’est mal comporté la dernière fois. Donnez-lui une nouvelle chance, aussi souvent que nécessaire. Au fur et à mesure qu’un enfant est exposé à un aliment, les chances qu’il l’accepte augmentent.

Vous pouvez le servir combiné avec un autre qu’il connaît déjà et qu’il apprécie, mais il est préférable de ne pas trop masquer les saveurs, surtout si les enfants sont très jeunes.

Il est plus positif que les petits s’habituent à la variété des goûts (même si cela prend du temps) que d’essayer de les recouvrir complètement de sauces ou d’autres ressources.

4. Évitez la manipulation et la pression chez les mangeurs difficiles

« Si tu ne le manges pas maintenant, je te le donnerai au dîner », « si tu ne finis pas ton assiette, je vais me fâcher », « si tu manges les légumes, je te donnerai un flan pour le dessert ».

Toutes ces phrases sont largement utilisées par les parents des mangeurs difficiles, dans une tentative désespérée de les faire manger. Or, elles sont contre-productives.

La nourriture ne doit pas avoir de charge émotionnelle ; l’enfant ne doit pas manger pour vous satisfaire, pour éviter une punition ou obtenir une récompense. Ces attitudes favorisent un rapport malsain vis-à-vis de la nourriture.

Par conséquent, les meilleures armes sont la patience et la persévérance. S’il ne veut pas manger un aliment aujourd’hui, vous pourrez réessayer une prochaine fois.

Bien évidemment, il est important de ne pas céder. Ne vous précipitez pas pour préparer un autre repas à votre enfant parce qu’il refuse de manger ce qu’il y a dans son assiette. Cela ne fait rien s’il mange moins lors d’un repas.

N’oubliez pas que l’objectif est de l’aider à manger de tout pour qu’il n’ait pas de problèmes à l’avenir. Acceptez ces petits sacrifices à court terme pour atteindre l’objectif plus large.

5. Impliquez l’enfant dans le choix et la préparation des repas

C’est un conseil très efficace : impliquez votre enfant dans tout le processus d’alimentation. Encouragez-le à cuisiner avec vous, à se familiariser avec la nourriture au fur et à mesure qu’il la prépare et à savourer ensuite le bon plat qu’il a créé.

Permettez-lui de choisir entre plusieurs options (par exemple, entre différents fruits) afin qu’il se sente plus en contrôle de la situation. Testez des préparations accrocheuses et attrayantes !

dîner en famille partagé habitudes saines
La famille est la première école et les enfants y apprennent à travers l’observation et les routines quotidiennes.

6. Mangez en famille

Enfin, n’oubliez pas que la famille est la première école et, en termes d’habitudes alimentaires, l’enfant apprend aussi de ce qu’il voit.

Ainsi, adoptez l’habitude de manger en famille, mangez tous les mêmes aliments et partagez des conversations agréables, sans distractions comme la télévision.

Créer une atmosphère agréable autour des repas (même lorsque l’enfant est pointilleux) est essentiel.

Certains professionnels qui peuvent vous guider au sujet des mangeurs difficiles

À différents moments, vous pourrez ressentir le besoin de faire appel à des professionnels. Par exemple, vous pourrez avoir envie de demander à votre pédiatre si votre enfant se situe dans les bons percentiles ou s’il présente des carences nutritionnelles auxquelles vous devez faire attention.

Vous pourriez aussi avoir besoin du soutien d’un psychologue pour enfants pour gérer ce problème. D’une part, pour vous guider dans l’application des consignes appropriées et, d’autre part, pour faire face à certains aspects liés au rejet de la nourriture – comme une phobie de l’étouffement ou une personnalité trop rigide.

Dans tous les cas, ne laissez pas cette situation durer car elle peut affecter la santé de votre enfant et le limiter dans le futur. Plus le rejet alimentaire est traité de façon précoce, plus il est facile de l’inverser.

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