L’importance du deuil après un avortement

11 août 2019
Si vous refusez de faire face à la douleur de la perte, elle deviendra chronique. Le deuil est la seule façon de guérir.

La perte d’un enfant à naître est l’une des situations les plus douloureuses qu’une femme puisse vivre. Le deuil après un avortement est fondamental pour intégrer l’événement et s’assurer que ses conséquences psychologiques ne vont pas s’aggraver dans le temps.

L’avortement : un sujet tabou

Pour une raison quelconque, dans la société d’aujourd’hui, nous continuons d’entourer la perte gestationnelle d’un mur du silence. Malheureusement, l’avortement est un événement vraiment courant, touchant une grossesse sur quatre. Cependant, les femmes qui en ont souffert (et leurs proches) le cachent souvent.

Ainsi, lorsqu’une femme est confrontée à un événement d’une telle gravité, elle ne trouve pas de références proches dans lesquelles elle pourrait s’identifier. Elle commence à penser qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez elle et décide, encore une fois, de se taire, prolongeant ainsi le cercle vicieux.

La situation ne s’améliore pas pour les femmes qui subissent un avortement provoqué car, en plus de ce qui précède, leur décision est bien souvent criminalisée.

Un couple enlacé

Impact physique et psychologique

L’avortement signifie faire face à d’énormes changements en peu de temps, des changements auxquels on ne peut pas être préparée. Tout d’abord, la femme doit faire face à l’impact physique par lequel son corps subira de grandes variations hormonales et leurs symptômes désagréables associés.

Sur le plan psychologique, et bien que cela soit une réalité plutôt fréquente, les effets d’un avortement sont dévastateurs. Avec la mort de l’enfant, le sommeil meurt aussi, ainsi que toutes les attentes que nous avions placées dans cette nouvelle vie. Nous ne perdons pas seulement l’être qui a germé en nous, nous perdons aussi notre rôle de mère et toute la construction sociale que nous avions générée autour de lui.

Le deuil après un avortement

L’avortement constitue une perte totale et, à ce titre, il est nécessaire d’élaborer un deuil afin de l’intégrer sainement dans notre trajectoire vitale.

Malgré la sous-évaluation de la perte gestationnelle sur le plan social, il est important que les parents (et surtout la mère) soient conscients qu’ils sont confrontés à une période difficile qu’ils devront traverser le plus consciemment possible.

Face à cette douleur, beaucoup de femmes optent pour des issues rapides. Par exemple, tomber de nouveau enceinte tout de suite ou essayer de nier complètement la perte. Loin de faciliter le processus, le refus de passer par la douleur ne fera que la chroniciser et les conséquences continueront de nous affecter pendant de nombreuses années à venir.

Les émotions du deuil

Le duel sera empreint de nombreuses émotions :

  • La culpabilité. C’est l’un des sentiments les plus fréquents qui accompagnent l’avortement. La mère, dans sa tentative de comprendre ce qui s’est passé, peut se reprocher de ne pas avoir pris suffisamment soin d’elle-même.
  • Les sentiments d’infériorité et d’échec. En raison du mur du silence qui l’entoure, la mère peut se sentir moins capable et moins précieuse que les autres femmes parce qu’elle n’a pas été capable de mener la grossesse à terme.
  • La tristesse, la solitude et l’incompréhension. Il est très probable que les gens de l’environnement immédiat ne savent pas comment réagir adéquatement. Dans leur désir d’encourager l’être cher, elles peuvent essayer de minimiser l’importance de la question, ce qui fait que la femme se sent encore plus seule dans sa douleur.
  • L’angoisse et l’anxiété. Après une expérience de cette intensité, la peur de souffrir à nouveau d’un avortement est récurrente, tout comme la peur de ne plus pouvoir tomber enceinte.
Une femme triste au lit

Comment faire le deuil après un avortement ?

  1. Permettez-vous de souffrir aussi longtemps que vous en avez besoin. Malgré le fait que votre environnement ne le comprenne pas, il est essentiel que vous vous permettiez de vivre toutes les émotions que ce processus implique.
  2. N’essayez pas de refouler la douleur. Ne vous précipitez pas vers une nouvelle grossesse ou n’occupez pas compulsivement votre esprit avec d’autres sujets.
  3. Exprimez-vous. Parlez à vos proches, à votre partenaire ou à un groupe de soutien où vous pouvez partager vos émotions.
  4. Effectuez un rituel d’adieu. Il se peut que vous ne soyez pas en mesure d’organiser des funérailles classiques, mais il est important de faire un adieu symbolique. De plus, le fait de nommer l’enfant à naître peut vous aider à lui donner une place dans votre vie.
  5. Rappelez-vous que chaque personne a son propre temps et que le deuil n’est pas un processus linéaire. Il y aura des hauts et des bas, et c’est parfaitement normal.
  6. Enfin, si au bout d’un certain temps vous sentez que vous ne bougez pas émotionnellement ou que vous n’êtes pas capable de le faire seule, n’hésitez pas à demander de l’aide professionnelle.