Syndrome de l'adolescence normale

20 octobre, 2020
Arminda Aberastury et Mauricio Knobel sont les auteurs du livre "L'adolescence normale. Une approche psychanalytique". Ils présentent l'adolescence comme un stade de processus et de développement dans lequel l'adolescent passe par des moments de déséquilibre et d'instabilité extrêmes.

Nous parlerons dans cet article de ce que signifie le syndrome de l’adolescence normale. Nous verrons que ce n’est rien d’autre qu’une série de comportements inhérents et normaux pendant l’adolescence.

La coexistence sociale et les structures sociales, nous font voir que de nombreux comportements sont établis, gérés et gouvernés par des adultes. De ce point de vue, les comportements juvéniles peuvent être compris comme des comportements semi-pathologiques.

Cependant, du point de vue de la psychologie de l’évolution, ces comportements semblent être cohérents, logiques et normaux.

Les symptômes du syndrome de l’adolescence normale

Ces comportements et déséquilibres forment une identité semi-pathologique, que les auteurs Arminda Aberastury et Mauricio Knobel appellent le syndrome normal de l’adolescence. Ci-dessous, nous allons examiner les symptômes de ce syndrome.

La recherche de soi et de son identité

Le premier symptôme du syndrome de l’adolescence normale fait référence à la recherche d’identité. L’adolescent a besoin de se construire une identité propre. Il doit donc se connaître tant au niveau biologique que social. Ainsi, la conséquence finale de l’adolescence est la connaissance complète de soi.

Dans cette recherche d’identité, les adolescents ont parfois recours à l’uniformité ou aux tendances de groupe. Ces dernières leur offrent sécurité et estime personnelle. À son tour, l’uniformité produit une “double identification de masse”, où tout le monde s’identifie à tout le monde.

Une adolescente avec son portable sur les réseaux sociaux.

À d’autres moments, l’adolescent a recours à une identité négative, basée sur des modèles réels négatifs. Ils croient qu’il vaut mieux être quelqu’un de pervers et d’indésirable que de n’être rien. Cependant, il existe d’autres types d’identités où l’adolescent se cherche, comme les identités transitoires, occasionnelles ou circonstancielles.

Les tendances de groupe, un des symptômes du syndrome de l’adolescence normale

Comme nous l’avons déjà dit, dans la recherche d’identité, l’adolescent a recours et s’appuie sur l’uniformité, c’est-à-dire sur le groupe. Le groupe lui apporte la sécurité et l’estime personnelle dont il a besoin pour faire face à la recherche de son identité et donc pour se trouver à lui-même.

Ainsi, à certaines occasions, les comportements du groupe représenteront une opposition aux figures parentales. L’esprit de groupe qui s’en dégage est si intense que l’adolescent s’y sent plus attaché qu’au noyau familial. De même, le groupe représentera la nouvelle forme d’identité, qui sera différente de celle du milieu familial.

Le groupe constitue donc la transition nécessaire dans le monde extérieur. Cette transition permet donc de parvenir à l’individualisation pour la vie adulte.

Cependant, cette union au groupe provoquera l’apparition d’une désaffection, d’une cruauté et d’une indifférence. En outre, elle entraînera un manque de responsabilité, typique de la psychopathie, mais normal à l’adolescence.

Besoin d’intellectualiser et de fantasmer

L’intellectualisation et le fantasme sont des formes typiques de la pensée des adolescents. Ces activités agissent comme des mécanismes de défense. Elles visent à compenser la perte de l’identité de leur enfance, ainsi que les pertes qui se produisent en eux-mêmes.

Le dilemme permanent de l’identité de l’adolescent est souvent angoissant. Par conséquent, cela l’oblige à se réfugier dans son monde intérieur. Cette fuite dans leur monde intérieur est une sorte de réajustement émotionnel.

Une sorte d’autisme positif où le souci des principes éthiques, philosophiques et sociaux est accru. C’est là qu’émergent les grandes théories philosophiques, les mouvements politiques, les idées pour sauver le monde, etc.

De même, le repli sur leur monde intérieur les amène à écrire des vers, des romans, des nouvelles et à s’engager dans des activités littéraires et artistiques.

Une fille avec une casquette adolescence normale.

Les crises religieuses

L’adolescent peut se montrer à la fois comme un athée exacerbé ou comme un mystique très fervent. Le même individu peut traverser des périodes mystiques très pieuses et des périodes d’athéisme total. Ces comportements sont normaux. En effet, ils sont cohérents avec la situation changeante et fluctuante de son monde intérieur.

Survient aussi une préoccupation métaphysique. L’adolescent commence à se poser des questions sur qui il est, ce qu’il est, que faire de lui … Ces questions sont des tentatives pour calmer l’angoisse que son ego éprouve dans la recherche d’une identification positive. De la même manière, ces questions l’aident à affronter la mort ultime de son propre corps d’enfant.

La perte de repère temporel pendant l’adolescence normale

Chez les adolescents, la réflexion sur le temps et l’espace revêt des caractéristiques très particulières. Ils ont des difficultés à bien «contrôler» le temps. En effet, souvent les urgences sont énormes et les retards irrationnels.

D’autre part, les modifications biologiques et les changements corporels incontrôlables sont vécus par l’adolescent comme un phénomène psychotique. Son corps devient un espace où convergent les exigences biologiques et sociales.

De plus, si l’adolescent nie le passage du temps, il peut garder l’enfant en lui comme un objet mort-vivant. Ce fait est souvent lié au sentiment de solitude si typique chez les adolescents. De même, il provoque des périodes pendant lesquelles les jeunes s’enferment dans leur chambre, s’isolent et se retirent.

Maintenant, la vraie capacité à être seul est un signe de maturité qui ne sera atteint qu’après ces expériences parfois angoissantes de solitude.

L’évolution de l’auto-érotisme à l’hétérosexualité

Cela va de l’autoérotisme à l’hétérosexualité génitale adulte. Dans cette évolution, l’adolescent passe de la masturbation à l’exercice génital. En acceptant sa génitalité, l’adolescent commence à chercher un partenaire.

Ainsi apparaîtra le fait de tomber amoureux avec passion, parfois avec beaucoup d’intensité. Cependant, cela est parfois ignoré par l’autre personne. Plus tard, à la fin de l’adolescence, des rapports sexuels complets apparaissent. Pourtant, les relations seront plutôt de nature exploratoire et préparatoire.

En parallèle, les fantasmes et les expériences passées sont exacerbés. Ils répètent le chemin de la phase génitale précédente (la masturbation) et de l’activité d’apprentissage ludique (le toucher, la danse, les jeux, etc.). D’autres comportements des adolescents liés à la sexualité seront la curiosité sexuelle, l’exhibitionnisme et le voyeurisme.

«Je pense que la stabilisation de la personnalité de l’adolescent ne se fait pas sans passer par un certain degré de comportement «pathologique» que nous devons considérer comme normal à ce stade de la vie.» -Mauricio Knobel-

Plus de symptômes du syndrome normal de l’adolescence

Un adolescent avec son skate qui ressent la solitude.

Une attitude sociale revendicative

Le processus de changement qu’implique l’adolescence ne dépend pas seulement de l’individu lui-même. La famille et la société influencent et déterminent également le comportement des adolescents. Alors que la société impose des restrictions à la vie de l’adolescent, il tente, avec la force de sa personnalité, de la changer.

Selon Knobel, «l’attitude sociale revendicative de l’adolescent est pratiquement indispensable». L’adolescent a le sentiment que ses opportunités sont sévèrement limitées. En même temps, il doit s’adapter aux besoins que le monde adulte lui impose. Alors il décharge sa haine contre eux et développe des attitudes destructrices.

Des contradictions successives dans toutes les manifestations du comportement

Le comportement de l’adolescent est dominé par l’action. C’est la forme d’expression la plus typique à ce stade de la vie. En réalité, il ne peut pas maintenir un comportement rigide, permanent et absolu, bien qu’il le tente à de multiples reprises.

Cependant, le monde adulte ne semble pas tolérer les changements de comportement des adolescents. Les adultes n’acceptent pas que l’adolescent puisse avoir des identités occasionnelles, circonstancielles et transitoires. Au contraire, ils exigent de lui un comportement adulte.

Le fait de maintenir un comportement linéaire déterminé indiquerait une altération de la personnalité de l’adolescent. Pour cette raison, on parle d’une «anomalie normale», d’une instabilité permanente de l’adolescent. C’est pourquoi l’adolescent ne peut pas maintenir un comportement rigide, permanent et absolu.

La séparation progressive des parents

Cela implique le détachement de la part des parents avec leur enfant qui n’est plus un enfant. Pour l’adolescent, cette séparation est une situation compliquée. Cependant, il est heureux d’avoir plus d’indépendance.

De nombreux parents sont angoissés et effrayés par la croissance de leurs enfants. En outre, certains revivent leurs propres situations. Quelques parents nient même la croissance de leurs enfants . Dans ce cas, les enfants voient leurs parents avec des caractéristiques de persécution très marquées. Ce comportement mènera à des situations de conflit.

Maintenant l’adolescent entre en conflit avec lui-même. Il ne ressent pas la dépendance envers ses parents comme quand il était enfant, mais il n’a pas non plus l’indépendance d’un adulte.

Humeur et état d’esprit en constante fluctuation

Les phénomènes de dépression et de deuil accompagneront l’adolescent tout au long du processus de changement. Le chagrin qu’il subit pour la perte des objets parentaux et de son propre corps infantile déterminera l’intensité plus ou moins grande de ses sautes d’humeur et de ses sentiments. Cela est typique de l’adolescence.

En revanche, les aspirations des adolescents et qui ne sont pas toujours satisfaites, peuvent provoquer un sentiment d’échec. Ces échecs l’obligent à se réfugier en lui-même. Ainsi, surgissent des comportements autistiques et le sentiment de solitude.

C’est une situation typique de frustration et de découragement. Il y a aussi ces moments d’ennui qui sont généralement si caractéristiques chez les adolescents.

Quelques points à garder à l’esprit sur le syndrome de l’adolescence normale

Le destin de l’adolescence est de s’intégrer dans le monde des adultes. Pour cela, l’adolescent devra accepter sa nouvelle face et se détacher de son monde d’enfance, dans lequel il vivait très confortablement.

Dans cette étape de processus et de développement, l’adolescent devra rechercher la stabilité de sa personnalité. Cependant, cet équilibre ne sera pas atteint sans passer par un certain degré de comportements «pathologiques», mais ces comportements doivent être considérés comme inhérents à l’évolution normale de cette étape de la vie.